samedi 21 mars 2009

Skyline à l’horizontale et à la verticale

Ma deuxième journée dans Chicago ressemble en quelque sorte à la première… frigorifique ! A une exception près : le soleil est cette fois-ci de la partie. Tôt, Tim me dépose à quelque pas de la maison du Président-élu Obama, en plein cœur du campus de l’Université de Chicago. Devant la maison, une voiture de police veille. Photo pour la postérité. Ce matin, je suis seule. Bientôt des milliers de touristes m’imiteront.




Je poursuis mon chemin vers le musée d’Histoire Naturelle à l’extrémité sud du campus. De-là, je rejoins le point d’où la vue sur la skyline est, paraît-il, la plus incroyable. Mes pas s’enfoncent littéralement dans la neige à mesure que je me rapproche du lac Michigan. Je rate le chemin… jusqu’au genou ! Le temps est juste hallucinant. Le ciel bleu marine. L’éclat de la neige accroche les yeux. Le soleil se lève encore. Et surtout, le lac Michigan paraît se décongeler. Partout, des nuages de fumée s’échappent de l’eau givrée. Vision sibérienne.



J’arrive tout près de la petite chapelle où aux beaux jours de nombreux amoureux célèbrent leur union. C’est derrière le petit édifice que la vue m’attend. Le vent se lève, ou plutôt je pénètre dans le courant d’air. Mes mains sont gelées, déjà. Mes pieds recroquevillés dans mes chaussures. Je me tape les bras et les cuisses pour faire circuler mon sang. Cette vue se mérite ! Enfin, devant moi, la fameuse skyline. Lointaine, mais magnifique, incroyable. Je tente une vidéo, les mots refusent de s’articuler. Mon visage est lui aussi engourdi. Une dizaine de photos et mes piles rendent l’âme, encore. Avec le vent, les -40°C ne sont pas loin. J’admire le paysage autant que mon corps le supporte. Skyline à l’horizontale, c’est fait. Allons voir à la verticale !



Un bus me récupère à quelques blocks et je file vers la Sears Tower. L’entrée des touristes se fait sur le côté, loin de la fourmilière des travailleurs quotidiens. Ma carte de presse m’offre l’entrée vers la montée infernale : 109 étages, le deuxième (ou troisième, selon les antennes) building le plus haut du monde. Le trajet du premier ascenseur dure une minute et quinze secondes, j’ai compté dans ma tête. On ne sent rien, à part l’air qui se réchauffe. La clim’ d’hiver est à bloc. Je me dessape. L’écharpe, les deux paires de gants, le bonnet, les deux couches de manteau. J’ai perdu quelques kilos ! Au 90ème étage, on pénètre dans un deuxième ascenseur pour compléter la montée. Arrivée au 109ème étage (sur 110),la vue donne des vertiges. IMPRESSIONNANT. J’ai bien fait d’attendre cette deuxième journée de visite pour grimper, ça ne pouvait pas être plus dégagé ! Je revisite la ville depuis la Sears. Les quartiers Nord, Est, Sud, Ouest, le Loop. La tour surplombe tous les buildings devant lesquels je suis passée hier. De-là, on dirait un jeu de Lego, ridiculement minuscule. Dix fois je fais le tour de la vue à 360° et je ne m’en lasse toujours pas. Mon ventre, lui, s’impatiente et me donne le signal pour la descente.

La veille, Tim et Sarah m’ont fait déguster la Deep Dish Pizza ; une pizza de presque dix centimètre de profondeur et à la pâte croustillante, un régal. Pour mon déj, je prévois une autre spécialité de Chicago : le fameux Italian sandwich. C’est Mr. Beef, le resto original, qui s’en charge. Le décor n’a pas changé depuis son ouverture. On se croirait dans les années Grease. Je commande mon sandwich : un bon morceau de baguette remplie de fines lamelles de bœuf, un peu de fromage, le tout trempé dans le jus de cuisson de la viande. Conseil : prévoir un bon paquet de serviettes en papier… Comme prévu, je m’en mets partout et je me régale. Après ce délicieux carnage, pause « wifi gratuit » et Skype sous les yeux ahuris de mes compagnons de déjeuner. La famille va bien.

Objectif de l’après-midi : me perdre jusqu’au Cloud Gate de Anish Kapoor, la fameuse sculpture argenté et brillante en forme de haricot, surnommé le Bean, posée sur la promenade du Millenium Park, entre le lac et le Loop. Je remonte l’avenue Michigan, les Champs Elysées de Chicago. Quelques boutiques de luxes, quelques signes sur les trottoirs « attention au chute de stalactites », pas grand monde sur l’avenue, pas grand chose des Champs pour être honnête. La rivière approche et je suis attirée par un bâtiment style gothique sur le trottoir de gauche. C’est celui de la Chicago Tribune, un des Quality Papers américain. Evidemment, je dois y rentrer. Le lobby est génial, à la gloire des journalistes et grands penseurs du passé. Des citations des plus illustres écrivains sont gravées sur les murs de pierre.


“Give me but the Liberty of the press and I will give to the minister a venal house of peers, I will give him a corrupt and service house of commons, I will give him the full swing of the patronage of office, I will give him the whole host of the ministerial influence, I will give him the all the power that place can confer upon him to purchase up submission and overawe resistance; and yet, armed with the liberty of the press, I will go forth to meet him undismayed, I will attack the mighty fabric of that mightier engine, I will shake down from its heights corruption and burry it beneath the ruins of the abuses it was meant to shelter.”

Richard Brinsley Sheridan (Irlandais, écrivain de théâtre et homme politique)

Puissant.

Derrières les vigiles de l’entrée, une immense carte en relief de l’Amérique du Nord. La lumière tamisée confère au lieu un caractère quasi spirituel. Ma carte de presse s’émeut dans son portefeuille.


Dehors entre le bâtiment et la rivière, une place où je retrouve les fameux fermiers de l’American Gothic. En taille XXXL. Droits et fiers, ils ont le même regard que dans le tableau. Le couple resplendi au pied des immeubles.


La nuit commence à tomber, il me reste tout juste le temps d’aller découvrir le haricot avant la pénombre. Le soleil disparaît derrière les blocs de métal et de verre. Les buildings s’auréolent. Le froid est de retour. La masse argentée est à l’horizon, encore quelques marches à grimper. J’aperçois mon reflet dans la couche argentée de la fève géante. Plus je m’approche, plus il se précise. De la neige est restée collée sur le haricot, on dirait qu’elle redessine la carte du monde. Après la Sears, c’est grâce au Bean que je revisite Chicago tant les buildings alentours se reflètent parfaitement. Deux amoureux grimaçants s’amusent à se prendre en photo. Je les imite. Pendant une bonne demi-heure, j’aurai à peine dix ans.


Une minute de plus et je frôlais l’hypothermie. Time to get back et surtout de dire au revoir à Chicago. Comment imaginer qu’une sculpture aussi obèse, étrange, grotesque ou tout simplement géniale puisse autant amuser et attirer l’attention au point de devenir le symbole de toute une ville ? Moderne dans ses moindres arrondis, posée au milieu de bâtiments centenaires et d’autres beaucoup plus jeunes, à deux pas d’un des musées les plus importants des Etats-Unis. Ailleurs, ce serait hideux. Ici, c’est harmonieux. C’est ça Chicago, le mélange entre le nouveau et le vieux. Qu’importe l’âge. Seul le génie compte.

Le froid ne l'emportera pas !

Visiter Chicago par -30°C demande un minimum d’organisation. Vérification du matériel avant de quitter l’appartement de Tim et Sarah. Pour le bas : collants en laine, grosses chaussettes, jean, chaussures de marche. Pour le haut : Lycra et t-shirt à manches longues, gros pull, polaire, manteau double couche. Pour les accessoires : gants en soie, gants en cuire, écharpe en poils de lama, bonnet, chaufferettes pour les mains.




Première étape, faire le tour du Loop à bord du El, le fameux métro situé à une quinzaine de mètres du sol et qui encercle les buildings rivalisant de hauteur et de technologie. Les fans de la série Urgence sauront le reconnaître. Son tracé donne l’impression d’une ville à plusieurs niveaux. Un peu comme dans le Cinquième Elément. Je prends des forces calorifiques à l’intérieur du El avant d’affronter le palier inférieur.


Pour cette première journée, le temps est peu clément. Aux minus s’ajoutent neige, pluie verglacée et surtout courants d’air paralysants entre les rues étroites du Loop. D’un pas hésitant, je me déplace sur les trottoirs immaculés. Méfiance, la sous-couche est encore gelée. Après quelques hésitations dues à un GPS intérieur défaillant, j’arrive enfin devant l’Art Institute. Ce musée possède entre autres l’une des plus importantes collections de peinture américaine et un bon nombre d’Impressionnistes. Une nouvelle fois je goute avec délice aux faveurs que m’accorde ma carte de presse.

Le musée est immense et son organisation déconcertante. Un vrai labyrinthe ! Je m’accroche de plus belle à mon plan, mais rien n’y fait, je me suis égarée. Demi-niveaux, aile encore en travaux et portes perdues, quel casse-tête ! Mon instinct me guide vers un groupe de jeunes écoliers assis en rond et sur des tabourets pliables devant un immense tableau. La fameuse Rue de Paris, un jour de pluie de Gustave Caillebotte ! Je suis enfin chez les Impressionnistes ! Les apprentis amateurs d’art répondent avec dynamisme et intérêt aux questions de leur professeur. Fin de l’interrogatoire. Dans un froissement et sans un mot, les élèves s’éloignent vers le tableau suivant. Me voici quasi seule. Chez les Américains, je retiendrai le fameux American Gothic de Grant Wood. Ces deux fermiers aux visages fermés, je les retrouverai plus tard dans ma visite de Down Town.

Pause déjeuner en face de l’Art Institute. Un café wifi aux soupes bien chaudes. Rien de tel pour reprendre des forces et patienter jusqu’à la prochaine ouverture. La neige tombe à gros flocons. Le temps est décidément très hostile. Un petit surf, un bon déjeuner et enfin le temps se dégage. Je saute sur l’occasion et fonce à quelques mètres sur le même trottoir vers la Chicago Architecture Foundation. Ils proposent des self-guided audio tour. Comprendre « audio guides ultramoderne type lecteur MP3 pour découvrir seul la ville de Chicago selon une thématique choisie au passage en caisse ». Joker, la voix parlera en français. Le casque est bien calé sur mes oreilles, je saisie les instructions, puis me laisse guider pour la visite des gratte-ciels modernes.

Le froid polaire n’aura pas raison de ma motivation, mais de mes piles ! Chargées à bloc au petit matin, en quelques trente minutes les voilà à plat. Un vendeur à la sauvette me dépanne. Je croise les doigts pour que ces batteries non-rechargeables tiennent jusqu’à la fin de la journée.

Au pied du Federal Center sur Dearborn Street, la sculpture rouge sang d’Alexander Calder étincelle. Le faible soleil frappe les pavés vitrés des immeubles alentours et par effets de ricochet transmet sa lumière au Flamengo vermillon.

Deux blocs plus loin, je me trouve au pied de la Sears Tower, l’emblème de Chicago. Œuvre de Bruce Graham achevée en 1974, la tour est le bâtiment le plus haut des Etats-Unis avec 442 mètres et 108 étages. Il est également considéré comme le deuxième ou le troisième building du monde, tout dépend s’il l’on prend en compte les antennes… Derrière Taipei 101 à Taiwan et Burj Dubaï aux Emirats Arabes Unis.


Je me contenterai d’une observation depuis le sol et en extérieur. Vu le bas plafond et son épaisseur, le panorama est sans aucun doute complètement bouché. La montée au cloché est repoussée au lendemain.

Une fois la Sears Tower passée, le temps se dégrade de plus en plus. Mes doigts gelés tentent tant bien que mal de presser le déclencheur…


(Légendes à venir!)

… Mais le froid ne l’emportera pas ! Ni aujourd’hui et ni demain d’ailleurs. L’architecture de Chicago est une pure merveille. Il faudra bien plus (ou moins) que -30°C pour m’arrêter !

mardi 17 février 2009

San Antonio – Chicago, choc thermique deuxième !

Adieux les 25°C tempérés du Texas ; dès ma descente de l’avion, je dois affronter les minus* du Michigan. Un bon petit -15°C pour ma première après-midi ensoleillée. Les pieds dans la neige, j’attends le bus qui doit me conduire à l’Université de Chicago. Je dois y retrouver Tim, ami d’Eliot, lui-même ami de Lopaka. Les fameux amis d’amis. Tim et sa femme Sarah me logeront pendant mon séjour à Chicago.

Trajet sans encombre, le quartier de l’Université est facile d’accès. Quasi tout droit depuis l’aéroport. Je me décharge dans le bureau de mon hôte (sac toujours aussi encombrant) et vais patienter dans une cafèt’ de l’Université, le temps que Tim boucle sa journée de travail. La salle ressemble à celle de Harry Potter. Mobilier en bois, style gothique, murs de pierre, plafonds à bonne hauteur et tableaux d’illustres (in)connus. Petite session skype avec la famille, réponse à d’innombrables mails en retard, un peu d’écriture, l’après-midi passe incroyablement vite.

A ma sortie du bâtiment, la nuit est tombée. La voiture de Tim s’extirpe péniblement de sa place. La neige collante s’y était bien installée. Remontée fantastique le long du lac Michigan, à moitié gelé, vers le nord de la ville. A gauche le Loop et sa skyline irradient. Partout des loupiotes dévoilent les formes longilignes des buildings. Sorte de prélude à ma balade diurne du lendemain. Chicago by night, un délice pour les yeux. Une bonne demi-heure de route et nous arrivons dans le quartier de Lincoln Square. Encore plus de neige. La question parking s’annonce compliquée, mais tous les moyens sont bons pour conserver sa place du matin. Pour Tim, une petite chaise à fonction d’épouvantail aura fait l’affaire. Personne n’a osé déplacer l’effrayant ustensile. L’appartement n’est qu’à quelques foulées.


L’on attend le retour de Sarah autour d’un verre. L’accueil est plus que chaleureux. Le jeune couple est marié depuis deux ans. Tous deux vivent à Chicago depuis leur enfance. Conseils, cartes et petits trucs pour faciliter ma visite. Tim et Sarah sont francophiles jusqu’aux murs de leur appartement. Une photo de la station Pasteur habille le salon. Souvenir d’études à Paris. A Chicago, je dormirai à deux stations de chez moi.


* températures négatives
** ligne 6 du métro parisien

lundi 9 février 2009

Before and after Fort Alamo

San Antonio, Texas. Prochaine escale de mon voyage aux US. L’Etat à l’image certainement la plus stéréotypée que nous, français (et européens), avons de tous les Etats-Unis. La faute à un certain G.W.B. Déjà dans le Greyhound qui me mène à l’ancienne ville mexicaine, des chapeaux de cow-boy, des santiags et des accents à couper au couteau. Le trajet depuis New Orleans n’est pas si long (huit heures), mais mon départ tardif de Louisiane me vaut un beau stop de quatre heures à Houston, entre deux et six au beau milieu de la nuit. Première expérience sympathique du fameux bus gris.

Pourquoi ce choix de ville ? DIANA, mon amie co-captain de l’équipe des Keelers en Angleterre (football). Cela fait 4 ans que l’on ne s’est pas vu, mais malgré la distance nous avons toujours gardé contact. La Mexicana m’accueille à l’arrivée. Elle sort du boulot, toute chic avec sa veste immaculée et ses lunettes de star. Trop bon de se retrouver. Une impression de s’être quitté la veille. Troisième Keeleuse sur ma route américaine.
Le Mexique n’est pas inscrit à mon itinéraire, mais j’ai l’impression de découvrir le Texas avant Fort Alamo ! A San Antonio, je suis à Mexico.

A commencer par la cuisine, une passion que Diana et moi avons en commun. Ces six jours se transforment rapidement en tour gastronomique et Diana est le meilleur guide qui soit. Pour les mets plus classiques : tacos, quesadillas, guacamole. Mais attention, pas les imitations made in France ou la malbouffe texmex. Maïs et avocat sont tellement plus goûteux. Pour les découvertes : tamales (gâteaux de maïs cuits à la vapeur dans des feuilles de maïs. Idéal pour démarrer la journée), mole poblano (poulet à la sauce au chocolat épicée, préparé par la maman d’Adriana, une autre amie mexicaine de Keele. UNE TUERIE !). Pour se désaltérer sans alcool : agua jamaïca (eau aromatisée à la fleur d’ibiscus), horchata (une sorte de lait de riz, excellent pour la digestion). Et enfin, pour s’abreuver, avec modération : Corona, Margarita et autres cocktails à base de tequila.

Qui dit breuvage, dit fiesta. Là encore, Mexico n’est pas très loin. Diana m’entraîne un premier soir dans un bar flamenco. Une petite sangria et une intense démonstration plus tard, nous voilà dans une boite à quelques pas. Un de ses proches amis est l’un des actionnaires. La soirée est à nous. L’accueil des Mexicanos est incroyable. Nos origines latines communes y sont certainement pour quelque chose. Je commence avec l’anglais, mon castillant est encore trop hésitant. Mais à mesure que la soirée avance, il fait un retour fulgurant. Etonnant. L’occasion d’une petite initiation aux danses latines. Difficile de trouver un cavaillero qui ne sache pas danser. Tous se dandinent avec grâce et conduisent sur rythme naturel les débutantes dans mon genre. J’ai l’impression d’être la reine de la piste. Ce n’est qu’une impression, mais je m’éclate. La soirée se terminera au petit matin… à 6 heures.



Le lendemain, samedi soir, direction Austin, la capitale de l’Etat. On doit y retrouver une amie d’enfance de Diana, Paulina. Elle organise une soirée avec deux autres copines mexicaines dans leur appart, Karen et Sofia. Il paraît que les soirées à Austin sont mémorables, je vais en avoir un bel aperçu. Lorsque l’on franchi les portes, la soirée est déjà bien avancée et l’accueil est toujours aussi chaleureux. L’assistance est beaucoup plus cosmopolite. Mexicains, Américains, Australiens, Polonais et autres Sud Américains ont l’air d’avoir passé plus d’une soirée ensembles. Leur dénominateur commun : parler le castillant ou presque. C’est marrant de voir les gringos se mettre à la salsa et tenter de concurrencer leurs voisins du sud. L’ambiance est incroyable, les rencontres également. Je récupère quelques cartes et adresses pour la suite de mon voyage, en Australie notamment. Vers 23 heures, plus de musique, on change pour le Catch Phrase ! Une variante du tabou. Le principe : former un cercle et se passer un rond en plastique sur lequel apparaît un mot qu’il faut faire deviner aux membres de son équipe (sans bien évidemment prononcer de mot qui y ressemble). Quand le mot est trouvé, passer la palette à son voisin qui tape dessus et un nouveau mot apparaît. Le temps défile et l’équipe qui se retrouve avec l’objet entre les mains perd la manche. Ce soir, c’est garçons contre filles et en dans la langue de Shakespeare s’il vous plaît. Le jeu démarre. Le rond passe de mains en mains à une vitesse fulgurante sans que je ne comprenne ou ne trouve un seul mot. Je commence à douter de mon anglais. Encore deux. Encore un. C’est à moi ! Je frappe la soucoupe et avec la plus incroyable ironie, voilà le mot que je doit faire deviner : suitcase ! Il fallait forcément que ça tombe sur moi. Easy. Bagage ! Lugage ! Mes co-équipières trouvent en cinq secondes, des cris et sauts de filles partout ! Surréaliste. Moyenne d’âge ? Environ vingt-six ans. Le jeu se poursuit et se termine quelques verres plus tard. Comme toujours, les filles pensent avoir gagner et les garçons le contraire. La soirée se poursuivra dans quelques bars de la fameuse sixième rue. Mémorable, effectivement.

Il n’y a pas que la fête dans la vie, il y a la culture aussi.

Et San Antonio résume à elle seule les liens qui unirent au fil des ans cultures mexicaines et américaines, de ses fondateurs à ses actuels occupants. Sous une chaleur pesante, Diana et son GPS nous mènent sur la route des Missions. En 1718, Franciscains et Espagnols établirent des missions le long de la rivière San Antonio dans le but d'éduquer et christianiser les Indiens qui vivaient sur ces terres. Leur but ultime était d'en faire des citoyens espagnoles. Selon le park national, les Franciscains auraient protégé les natifs conre l'armée et le gouvernement américains. San Antonio doit ainsi son existence aux missions franciscaines.

Nous en visiterons quatre. La toute première, Espada, sera ma préférée. Petite. Paisible. A côté de l’église, un étroit patio couvert de fleurs dénote avec l’ambiance western desséché des alentours. Le clocher offre son ombre, la végétation semble apprécier. L’arbre imposant devant la partie rénovée carillonne. De l’édifice s’échappe de la musique classique. Difficile de résister à l’envie de pousser la porte. A l’intérieur, la simplicité à l’état pure. Murs blancs et plafond en poutre. Quelques crucifies en bois marquent le chemin. Les bancs craquent. Les fleurs rouges sentent bon. Noël est encore présent. Le temps semble s’arrêter.



L’autre point historique de San Antonio, c’est bien évidemment Fort Alamo. Petit point d’histoire. Avant de devenir américain, le Texas appartenait au Mexique. En 1836, un peu moins de deux cents hommes à la conquète de nouveaux territoires et aidés par des aventuriers (dont David Crocket), se retranchèrent à Alamo et affrontèrent jusqu'à la mort l'armée mexicaine, forte de cinq mille soldats. Les américains livrèrent une bataille telle qu'ils parvinrent à tuer six cent mexicains. Impressionné par leur courage, le gouvernement américain envoya des troupes pour venger la mort des héros. Cette guerre conduit le Mexique à perdre cette partie de son territoire. La République Indépendante du Texas fut proclamée cette même année, avant son annexion par les Etats-Unis en 1845.


Les dégâts furent considérables pour la mission devenue camp militaire. La partie qui se visite aujourd’hui est en fait une reconstitution de ce à quoi ressemblait le fort à l’époque. Le jardin, en plein cœur de la ville, est particulièrement apaisant. A la sortie, un Texas Ranger veille. Sa moustache est trop séduisante, la photo s’impose. Mission accomplie Le Gonz’ !



Mon voyage n’aurait pas été le même si je n’avais pas assisté à un match des San Antonio Spurs du Frenchy Tony Parker. En pleine saison de basket, s’eût été un crime ! Nos places sont royales. A mi-hauteur dans un coin. L’on peut pratiquement toucher les joueurs. Ambiance surchauffée dans la salle. A l’entrée du français sur le terrain, la salle se soulève. Impressionnant. Les stars de l’équipe sont toutes là. Show à la NBA : Pom-pom girls, danseurs hip hop, démos de un contre un et lancers à trois points, kiss cam, lancers de t-shirts, hot-dogs, gadgets en tout genre. Sur le terrain, les Spurs sont à la peine. TP sort quelques classiques. Duncan manque les shots, Ginobili n’arrive qu’à la mi-match. En face, les LA Clippers ne profitent pas du jeu nerveux des receveurs. Les californiens sont en tête une bonne partie du match, mais se font passer en fin de rencontre par des Spurs qui n’ont qu’à hausser d’un poil leur niveau de jeu pour ne pas décevoir leur public. Courte victoire, mais victoire quand même. TP aux US (sans Eva), c’est quelque chose !

Si mon séjour à San Antonio fut culturellement très mexicain, j’ai cependant vécu une expérience bien américaine : franchir la porte d’un magasin d’armes, histoire de me faire ma propre opinion. L’entrée dans le magasin est vraiment effrayante. Je peux à peine tenir un pistolet en plastique alors imaginez moi au milieu des fusils d’assauts, armes de points, magnum géants et révolvers en tout genre. Le propriétaire, sexagénaire, à l’air sympathique. Son regard azur est rassurant. Je me présente : petite française en vacances qui n’a jamais vu pareil endroit et qui souhaite comprendre le pourquoi du comment. Pas de clients derrière nous, il prend le temps de bien nous expliquer les choses.

Tout citoyen américain au casier vierge est en droit de posséder une arme, plusieurs même. Aucune limite de calibre, tout est bon à acheter tant qu’on n’a pas de casier. Et un étranger ? Interdit. Comment on fait pour vérifier ? Avant l’achat, le vendeur passe un coup de fil au service administratif concerné pour vérifier les antécédents du futur acquéreur. Et l’enregistrement des armes, ça se passe comment ? Il n’y en a pas. Constitution oblige. Le premier à enregistrer les armes, c’était Hitler. Merci pour la leçon d’histoire. Passons les questions faciles, on va lui rentrer un peu dedans. Quel est l’intérêt d’avoir une arme ? Protéger sa famille. De quoi ? De personnes malintentionnées. Mais vous ne pensez pas que c’est la libre circulation qui conduit à un climat d’insécurité ? Non parce que dans ce cas là, seuls les méchants garçons possèderaient des armes. C’est le serpent qui se mort la queue. Autre approche. Qu’en est-il de la maîtrise de l’arme elle-même ? Là je touche le point sensible. Le monsieur aux cheveux gris m’explique que si les américains qui possédaient une arme avaient vraiment conscience de la responsabilité que cela entraine et passaient plus de temps à apprivoiser leurs armes, les personnes comme moi n’auraient pas grand chose à redire. Intéressant. Il ajoute qu’un soir par semaine, il prend en charge un groupe de femmes et leur enseigne l’auto-défense. Les premiers cours, ces femmes les passent sans tirer. Il faut d’abord s’habituer à porter une arme. Si tous les vendeurs étaient comme lui… Avez-vous déjà tué quelqu’un ? « Non. Mais j’aurais pu. Une nuit, j’ai entendu du bruit dans ma boutique. Je dors au dessus. Je suis donc descendu et j’ai aperçu une ombre. J’ai eu une seconde pour allumer la lumière et un quart de seconde pour me rendre compte que l’homme qui était entré dans ma propriété n’était pas armé. J’avais le doigt sur la détente, mais je n’ai pas tiré. Je lui ai dit de déguerpir sinon j’appelais la police. J’avais une arme, mais toutes mes années de pratique et mon self-control lui ont sauvé la vie cette nuit-là ».

Nous sommes en désaccord total sur le principe même du port de armes et surtout de leur libre circulation. Mais cet homme, tout aussi dangereux qu’il est à soutenir une cause à laquelle je n’adhérerai jamais, tient plutôt un raisonnement sensé. L’exception qui confirme la règle ? Il me propose d’aller tirer quelques balles dans la salle d’entraînement. « I can’t. It’s against my believes* ». Poli et calme jusqu’au bout, il m’offre une casquette à la place. C’est ça l’Amérique.


* Je ne peux pas, c'est contre ce en quoi je crois

mardi 3 février 2009

French Quarter, de nuit

Sur la lancée d’une magnifique journée passée dans le Vieux Carré, je m’apprête à découvrir la fameuse vie nocturne de la rue Bourbon. Resto et bars repérés sur Internet. Je suis d’humeur joyeuse et décide de m’y rendre à pied. Le soleil entame tout juste sa descente. Je m’élance donc sur Canal Street pour quarante minutes de marche en direction du jazz néo-orléanais. L’excitation est à son comble. Le trajet est simple : tout droit jusqu’au croisement avec la rue Bourbon.

Après dix minutes de marche, je passe une station essence. Des jeunes en demi-cercle autour d’un coffre de voiture se balancent de gauche à droite. Boîte à rythme à fond, ils rappent, improvisent, gesticulent. On se croirait dans 8 miles*. Quelques minutes plus tard, de l’autre côté de la rue, une voiture de police se met à couiner pour arrêter le véhicule qu’elle suivait. La nuit tombe de plus en plus. Immobilisés au bord du trottoir, les conducteurs s’observent depuis l’intérieur de leurs habitacles. Le policier ouvre enfin sa porte et se dirige lentement vers l’interpelé, la main sur le côté parée à réagir. L’autre conducteur, un jeune noir, a les deux mains sur le volant et obéit aux ordres. Il sort de sa voiture, se retourne, pose les mains sur le toit, écarte les jambes. Fouille au corps et menottes indispensables le temps de la vérification des papiers. Comme dans les films. Le manège semble durer une éternité. Finalement, le blanc policier n’a rien à lui reprocher. Le jeune file sans broncher. Putain.

La musique n’est plus qu’à quelques blocks. Il fait totalement nuit. Bourbon street, enfin. Je passe les bars et restaurants les uns après les autres jusqu’à trouver celui que j’ai repéré. Devant les établissements encore vides, des chasseurs criards qui tentent de m’amadouer. Apparemment le dimanche soir, c’est three for one. Mes oreilles me dissuadent. Le Cajun Cabine, à qui je me destine ce soir, attend encore ses clients. A l’intérieur, tout est en bois. Au fond du resto, une scène. Le groupe de blues est plutôt accueillant. Je m’installe à quelques tables.

Un serveur m’apporte la carte : petite bière et poisson chat au menu. La musique me fait patienter. Sur les écrans de télé, encore du foot américain. Les professionnels cette fois-ci. La fausse arrestation à laquelle j’avais assisté quelques instants plus tôt est maintenant loin. Je décompresse et profite. Petit diner agréable, sans prétention.

Le cat fish est bien passé, la petite bière aussi. Je remercie le groupe avec un pourboire, le serveur aussi. Envie d’un peu plus de musique. Je sillonne la rue Bourbon dans l’autre sens. C’est le méga choc. Partout des gens qui entrent et sortent. Par terre, des gobelets abandonnés. Encore plus de chasseurs pour rabattre la clientèle. Le volume, déjà conséquent une heure auparavant, est multiplié par trois. Des jeunes avinés chantent et paradent bras dessus, bras dessous. Difficile de se décider au milieu de ce capharnaüm. Je me sens un peu déconnectée. Un homme d’une cinquantaine d’année qui marchait devant moi se retourne et me repère. Il fait mine d’être intéressé par une vitrine et m’accoste. Je fais semblant d’être super à l’aise. Trois fois il me fait répéter mon prénom, mais ne le comprend toujours pas. « Are you by yourself? ». Il cherche une compagne pour la nuit. « No, i’m meeting friends just there, in this bar. Have a good night »**. Je l’abandonne et rentre dans le premier bar venu, à la recherche de mes amis imaginaires. Le jazz sonne bien, mais je ne suis plus vraiment dans l’ambiance. Il est à peine 22 heures et déjà les vicelards sont de sortie. J’attends encore quelques minutes et me décide à rentrer à l’hôtel. Le coin n’est pas hyper safe pour les femmes seules.

A la sortie du bar, une demoiselle en porte-jarretelle patiente devant une porte couverte de filles nues. Les deux malabars qui l’entourent n’ont pas l’air commode. Encore des regards de vieux pervers. Les étudiants sont à l’intérieur. Pas de groupes auxquels je pourrais me raccrocher. J’accélère le pas vers le tram. Un jeune black joue du trombone au coin de Canal Street. C’est incroyable. Il est littéralement possédé par son instrument. Petit moment apaisant en attendant le trolley bus…

… qui ne viendra jamais. Solution taxi abandonnée après vingt nouvelles minutes d’attente. Vive le dimanche soir ! Je dois marcher. La rue est éclairée, ça devrait aller. Et puis, je pourrai toujours sauter dans le premier tram qui passe. A mi-chemin, je suis confiante. La lumière est toujours là, personne ne m’a encore interpellée. Je déchante assez rapidement. Les trottoirs changent et n’ont plus vraiment des têtes de trottoirs. Les lampadaires sont de plus en plus distants les uns des autres. De-ci, de-là des groupes de latinos qui fument et me sifflent au passage. Je suis vraiment trop conne… Au milieu de la route, sur les rames du tram, je repère un jeune, apparemment dans la même situation que moi. Je quitte donc le côté pour le centre de la rue et me cale sur sa foulée. Il ne le saura pas, mais je pense qu’il m’a bien sauvé la mise ce soir-là. Je retrouve South Lopez et l’India House avec émotion.

Il ne m’est rien arrivé ce soir, mais ça aurait pu mal tourner. Naïveté évidente et impardonnable. La leçon est tirée, mais je garde un goût amer de cette soirée pendant laquelle j’ai découvert l’autre visage de la Nouvelle Orléans. Celui qui porte apparemment les stigmates de Katerina, pour en avoir discuté plus tard avec certains colocataires. Loin de moi l’idée de vouloir généraliser à toute la ville l’ambiance vraiment malsaine que j’ai pu ressentir. Accompagnée et bien renseignée sur les lieux où sortir, j’aurais certainement vécu cette soirée complètement différemment. Il reste que les belles maisons aux balcons en fer forgé n’ont plus du tout la même saveur.

* Le film du rappeur Eminem
* "Tu es toute seule?". "Non, je dois retrouver des amis dans ce bar, là. Bonne soirée".