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vendredi 23 janvier 2009

Bouillonante New Orleans

Chargée comme une mule, je me dirige vers la sortie de l’aéroport international Louis Armstrong. Il faut vraiment que je renvoie les « au cas où » en France. Dans le hall, la statue géante du trompettiste en pleine improvisation me salue. Les portes électriques s’ouvrent et je prends en pleine face l’étouffante moiteur de la ville. Saisissant (au sens culinaire du terme…). Il faisait à peine 0°C ce matin à Baltimore quand je quittais Jamison ; New Orleans, elle, m’accueille avec 25 degrés de plus ! Choc thermique, première. Autour de moi, de nombreux passagers en transit. Je louche sur leurs shorts et leurs tongs. Choc thermique, deuxième. De tout mon accoutrement washingtonien, j’abandonne mon écharpe, mon bonnet et mes gants. Manteau, Keele hoodie et autres super couches sont emprisonnés sous les sangles de mon sac à dos. Je ferai avec. Choc thermique, troisième.


Les arrivants s’entassent dans les shuttles* à $15 vidés par les partants. Je leur préfère le bus E2 à $1.10 ! Même trajet, même durée, mais public. Autre transport, nouvelle rencontre. Jim, un jeune doctorant en mathématique de l’Université Tulane (établissement privé et concurrent de l’Université de New Orleans), désigne les canaux qui longent la route. Je suis dans la ville depuis à peine une heure et déjà Rita, Katrina et Gustav** me sont présentés. La ville est située sous le niveau de la mer (60 cm environ). Ces voies fluviales servent donc d’évacuation quand le Mississipi, au sud, et le lac Pontchartrain, au Nord, prennent trop de hauteur. Jusqu’au jour où…

Je quitte Jim et le bus sur la Tulane avenue. Une marée humaine déboule à chaque coin de rue. Encore des shorts et encore des tongs. Mais cette fois-ci, leurs propriétaires ressemblent davantage à des supporters, à en croire la couleur rouge uniforme de leurs t-shirts, les boissons certainement alcoolisées dans leurs mains et les chants qu’ils reprennent en cœur. Ils me font face, me frôlent et me passent. Je dégouline.

Deux blocs plus loin, j’arrive sur Canal Street, l’artère principale de New Orleans. Un streetcar*** à l’ancienne est à l’approche. J’accélère le pas pour ne pas le manquer. La nuit est tombée. Les palmiers encore en tenue de Noël (nos sapins à nous en quelque sorte) éclairent les rames du tram néo-orléanais au centre de l’immense avenue. A gauche et à droite, les voitures apparaissent au compte-goutte. Elles redoutent certainement la foule. Les trottoirs gigantesques apportent une touche hollywoodienne, tout comme les buildings qui entourent Canal Street. Leurs enseignes kitchissimes complètent le tableau typique d’une ville estivale américaine. L’air lourd est quasi irrespirable.



Le streetcar est en gare. Les portes de bois coulissent tant bien que mal. Le véhicule est bondé. Qu’importe, j’impose mon volume. Je dégaine péniblement le dollar vingt cinq pour la course et me cale dans un trou. Et l’on passe les rues les unes après les autres. Des étudiants avinés chantent à la gloire de leur équipe. Je ne sais pas encore qui, je ne sais pas encore quoi, mais il semble que c’est l’événement de l’année. South Lopez en vue, c’est pour moi. Je saute littéralement du tram et fourni un dernier effort pour atteindre l’India Hotel. Au coin de la rue, une église hispanique. En face, ma maison pour les six prochaines nuits est parée de drapeaux de tous les pays. De la musique s’échappe, des rires se font entendre.


Je grimpe les quelques marches et pénètre dans le sanctuaire. Partout des photos, des peintures, des cadres, des sculptures, des colliers. Je jette mon sac au pied du comptoir. Visiteurs du passé et locataires du présent ont laissé leurs traces, leurs empreintes sur les murs de l’hôtel. Mélange entre fraternité étudiante et hippies sur le retour, la maison ne laisse pas indifférent. Check in et visite rapide. Apparemment, j’ai choisi la bonne heure pour arriver… C’est du football américain. Le Sugar Bowl, finale du championnat universitaire, entre Utah Utes et Alabama Crimson Tide. Et le match se joue au Louisiana Superdome ! Comment ai-je pu passer à côté de ça ! Je lâche mes affaires dans le dortoir qui m’est attribué et l’on me presse pour regarder le match dehors. Une cinquantaine de personnes est amassée dans la cour intérieure. Toutes ont les yeux rivés sur les deux écrans accrochés sous les auvents en bois et s’égosillent pour l’une ou l’autre équipe. J’ai à peine de le temps d’inspecter les lieux - un bassin plein de poissons avec une fontaine au milieu, des bancs en céramique, deux nébuleux barbecues qui tournent à plein régime, des jambes en string rouge peinte sur le mur de la laverie, un petit cabanon pour les parades de mardi gras, une piscine où il est interdit de plonger, des douches et des toilettes comme au camping - que je me retrouve avec une bière et un hot dog dans la main. Bayonne, le rugby, la sangria et le bocadillo ne sont pas loin... Vive le Sud !




* Navettes
** Les trois principaux ouragans qui ont frappé la ville
*** tram aussi appelé trolleybus

NDLR : Je n'ai pas pu faire de photos lors de ma première soirée à New Orleans. Les images qui illustrent ce post ont été prises dans les jours qui ont suivi mon arrivée.

mercredi 21 janvier 2009

Boys, Boys, Boys

L’appel du Sud.

Six jours ont passés depuis mon arrivée dans la capitale fédérale et le Maryland. Il est temps de prendre la route pour la deuxième étape de mon périple américain. Direction le grand sud et la Nouvelle Orléans. Le dévoué Jamison me dépose à l’aéroport international de Baltimore. Un « au revoir » temporaire seulement puisque je serai de retour le 20 janvier pour assister à l’investiture de Barack Obama. Le hall du terminal un est quasiment vide. Délaissés, les trois comptoirs réservés à mon vol me tendent les bras pour enregistrer mes bagages. Rapide et efficace, me voilà déjà dans l’avion, un coucou riquiqui d’une cinquantaine de sièges. Je me tortille dans l’étroit couloir qui sépare les deux courtes rangées, trouve enfin mon siège et me cale contre le hublot. Un jeune militaire en tenue et rasé de près se pose à mes côtés. Je lui donnerais vingt ans à peine.

La chef de cabine s’approche alors, sourire toutes dents dehors, et propose à mon voisin de s’installer en première classe, du fait de sa qualité de soldat. Poli, le marine remercie d’un « thanks ma’ame », mais refuse l’offre. De l’autre côté du couloir, une femme d’un âge certain s’emporte. Our boys should always get a first class seat!* L’avion tout entier approuve et le soldat, gêné, explique qu’il ne souhaite pas profiter de sa situation. Je savais les américains patriotes, mais observer cette mise en situation est assez surprenant. Nouveau choc culturel. Jamais en France un militaire n’aurait acquis à sa cause une telle audience sans même avoir eu à s’exprimer. L’image de notre armée est loin de faire l’unanimité.

Le boy n’est pas bavard, mais je parviens tout de même à lui tirer quelques informations. Il est basé à Saint-Louis dans le Missouri et doit retrouver son régiment après le break de Noël. Jamais encore il n’a posé le pied sur un « vrai » terrain. Il fait encore ses classes, d’où son jeune âge. Je lui demande si prochainement il pourrait être amené à gagner l’une des deux zones officiellement actives de l’armée américaine. Yes Ma’am, but i hope as late as possible**. Ca en dit long sur le moral des troupes… Visiblement fatigué, il préfère son ipod à notre discussion. Dommage.

A notre arrivée, la haie d’honneur pour le « héro malgré lui » n’est pas loin. Pas moins de dix personnes viennent lui serrer la main (un cinquième de l’avion). Thanks for serving***.

*Nos garçons (soldats) devraient toujours voyager en Première classe!
** Oui M'dame, mais j'espère le plus tard possible.
** Merci de servir notre pays

lundi 29 décembre 2008

DC me voici

C’est parti ! Le voyage que je prépare depuis de longues semaines se concrétise enfin. Au moment où j’écris ces premières lignes pour le tout premier post de mon blog, je suis dans l’avion direction Washington DC. Voilà dix jours que j’ai quitté Paris pour Vienne (Autriche) où j’ai passé Noël, chez mes parents. Une première escale familiale pour se mettre en condition, faire le plein avant la véritable aventure.

Et je viens de passer quatre heures à discuter avec mon voisin de droite ; Sebastian, un roumain bavard devenu citoyen américain grâce à une green card (le permis de travailler aux US) remportée à la loterie il y a quelques années !! Rien de mieux qu’un « rêve américain » en chair et en os pour entamer ce voyage aux Etats-Unis ! Son premier job : laveur de carreaux de hauts buildings ; son dernier boulot : laborantin assistant dans un institut médical spécialisé dans la recherche virale. Paradoxe poussé au maximum, il a voté McCain… Le personnage vaut assurément la discussion, interminable surtout après ses trois minis bouteilles de rouge californien ingurgitées en quelques gorgées.

Il a fini par s’endormir et je me remets de mes émotions. Une dernière soirée arrosée mi-décembre avec tous mes amis, beaucoup trop généreux. Un départ émouvant de Paris pour lequel j’ai pris conscience du sens de ma décision dans le regard humide de ma sœur Laurence, au moment où l’on se quittait sur le quai du RER B. Dix jours cinq étoiles à Vienne en famille. Une adresse aux US oubliée au moment du check in pour Washington et qui aurait pu me coûter mon billet… Je suis incorrigible. Une intense et belle pensée pour Juliette, Paul, Thomas, Justine et Benoît (Mister President, the one and only) qui auraient dû être à mes côtés. Et un dernier au revoir, le bon cette fois-ci, toujours plus humide, à mes parents, mes sœurs et mon frère. Immortalisé. Mon cœur s’emballe… I’m ready !

DC, Here i go!

Let's go!! The trip I have been planning for weeks finally comes true. While I write these lines for the first post of my blog, I am on the plane flying to Washington DC. It's been ten days since I left Paris for Vienna, where I spent Christmas with my parents. A family stopover to recharge my batteries and get ready for the great trip.

I've just spent four hours talking to my neighbour sitting next to me; Sebastian, a loquacious Romanian who became a US citizen thanks to a green card earned in the lottery a few years ago!! There is nothing better than the one and only American dream to start my trip to the US. His first job: tall building window cleaner. His last position: lab assistant in a medical institute specialising in virus research. Another paradox: he voted for McCain… A character definitely worth the conversation, and it was never-ending especially after he gulped down three mini Californian red wine bottles.

He finally falls asleep and I can now reflect upon the emotions of recent days. A going-away party in mid-December with all my friends who have been too generous with me. An emotional departure from Paris of which I really understand the meaning of my decision in my sister Laurence's wet look while we were saying goodbye on the RER B platform. Ten "five star" days in Vienna with my family. A forgotten US address at check-in time which could have cost me my world tour ticket… I'm terrible. A strong and nice thought for Juliette, Paul, Thomas, Justine and Benoît (Mister President, the one and only), who should have been with me. And a very last goodbye, the real one this time, to my parents, my sisters and my brother. Immortalised. My heart is raving…. I'm ready!