Qui aurait imaginé que passer la nuit dans un cimetière pouvait être une expérience "amusante"? Et bien, au Mexique, c'est possible ! Rien de morbide, rassurez-vous. Chaque année, dans la nuit du 1er au 2 novembre, le Mexique célèbre "El dia de los muertos", la fête de morts.
J'ai eu la chance de pouvoir vivre cette nuit sur les bords du lac Patzcuaro, dans l'Etat du Michoacán, avec des communauté Purépéchas.Voici une vidéo et un article rédigé pour Durable sur ce moment très particulier, entre découverte et spiritualité, hors du temps.
Affichage des articles dont le libellé est Carnet de Route. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Carnet de Route. Afficher tous les articles
samedi 20 novembre 2010
lundi 15 novembre 2010
Guanajuato, au rythme du Cervantino
J’ai bien atterri à Mexico, mais pour cette première semaine au Mexique, pas d’arrêt dans la capitale. J’y passerai 3 semaines par la suite, j’aurai donc tout le loisir de visiter la deuxième plus grande ville du monde (après Tokyo).
L’itinéraire prévu par Diana est celui des villes coloniales, ces citées au style baroque exporté d’Espagne, lorsque le Mexique n’était encore qu’une vice-royauté de la Nouvelle-Espagne (le pays fête cette année le bicentenaire de son indépendance).
Première étape : Guanajuato, à quelques 300 km au Nord Ouest de Mexico. Dans son dernier mail avant mon départ, Diana m’annonçait une surprise, je ne serai pas déçue. Depuis 15 jours, la ville bat au rythme du Cervantino, festival international de musique et de théâtre qui célèbre la culture cervantine. En quelques sorte, l’équivalent du festival d’Avignon avec un peu de fêtes de Bayonne pour la partie nocturne !
Cette ville est vraiment surprenante. Imbriquées sur des flans de collines, les maisons sont de petits cubes de couleurs pastelles dont les tons changent selon l’orientation du soleil. Les ruelles étroites et pavées sont décorées de balcons fleuris en fer forgé. Les places sont ombragées grâce aux arbres encore feuillus. Et malgré l’agitation et la foule, les rues sont incroyablement propres. Le tout posé sur d’anciennes galeries minières transformées en innombrables tunnels pour les voitures et transports collectifs. Des soirées étudiantes y sont régulièrement organisées la nuit, quand le trafic est quasi nul. Attention à ne pas se perdre ! Trois amis de Diana nous accompagnent sur cette étape : Ali (notre chauffeur), Alejandra et son novio Ramon (que j’ai appelé Jamon - jambon - pendant toute une journée, bonne crise de fou rire quand il a osé me corriger…).
L’itinéraire prévu par Diana est celui des villes coloniales, ces citées au style baroque exporté d’Espagne, lorsque le Mexique n’était encore qu’une vice-royauté de la Nouvelle-Espagne (le pays fête cette année le bicentenaire de son indépendance).
Première étape : Guanajuato, à quelques 300 km au Nord Ouest de Mexico. Dans son dernier mail avant mon départ, Diana m’annonçait une surprise, je ne serai pas déçue. Depuis 15 jours, la ville bat au rythme du Cervantino, festival international de musique et de théâtre qui célèbre la culture cervantine. En quelques sorte, l’équivalent du festival d’Avignon avec un peu de fêtes de Bayonne pour la partie nocturne !
Cette ville est vraiment surprenante. Imbriquées sur des flans de collines, les maisons sont de petits cubes de couleurs pastelles dont les tons changent selon l’orientation du soleil. Les ruelles étroites et pavées sont décorées de balcons fleuris en fer forgé. Les places sont ombragées grâce aux arbres encore feuillus. Et malgré l’agitation et la foule, les rues sont incroyablement propres. Le tout posé sur d’anciennes galeries minières transformées en innombrables tunnels pour les voitures et transports collectifs. Des soirées étudiantes y sont régulièrement organisées la nuit, quand le trafic est quasi nul. Attention à ne pas se perdre ! Trois amis de Diana nous accompagnent sur cette étape : Ali (notre chauffeur), Alejandra et son novio Ramon (que j’ai appelé Jamon - jambon - pendant toute une journée, bonne crise de fou rire quand il a osé me corriger…).
Ramon connaît très bien la ville et nous fait découvrir petits coins hyper mignons et marchés à l’écart des touristes. Nous ne manquons cependant pas les passages « obligés » :
- El Callejon del beso : le « Roméo et Juliette » version Mexicaine. Deux amoureux issus de familles que tout opposait vivaient dans deux maisons qui se faisaient face. L’étroitesse de la ruelle leur permettait de s’embrasser depuis leurs balcons respectifs. Jusqu’au jour où les parents découvrirent en flagrant délit de baisers non-autorisés… Cette ruelle est donc l’occasion d’une pause photo pour les amoureux. Embrassades hyper goulues pour les latinos. Aucune pudeur dans l’expression des sentiments, c’est assez surprenant !
Le « Pipila » : une statue à l’effigie de Juan José de los Reyes Martinez, un héros de la guerre d’indépendance. « La dinde » a joué un rôle majeur en mettant feu au grenier dans lequel les Espagnols s’étaient réfugiés. Un acte qui permit aux troupes de Michel Hidalgo d’envahir la ville. Le monument du héros est disposé sur un balcon qui domine la ville. On y accède grâce à un funiculaire ou par les escaliers qui serpentent entre les maisons colorées. Option funiculaire pour l’aller, escaliers au retour. Arrivée là-haut, la vue est imprenable ! Elle l’est encore plus au couché du soleil.
- L’université de Guanajuato : l’un des bâtiments les plus récents de la ville. Elle a été construite en 1950. On y « grimpe » grâce à un immense escalier de pierre où se rassemblent les étudiants après leurs cours. Au bout de la grimpette, là encore, une autre vue sur Guanajuato, face au Pipila. Aux beaux jours, un grand écran est installé au pied de l’escalier et donne droit à quelques séances de ciné en plein air. Ce soir, un concert sera retransmis.
Après une bonne journée de marche dans Guanajuato, nous rejoignons l’appartement que nous avons loué pour nos deux jours aux Cervantinos. Il est purement incroyable ! Il est situé dans une très vieille maison retapée à l’identique par un Mexicain professeur d’histoire et archéologue, marié une bavarde américaine du Minesota. Un puits de lumière entouré des pièces à vivre transformées en appartements. La décoration a conservé son charme d’origine, comme dans Zorro. Au dernier étage, une très vaste terrasse aménagée en patio surplombe Guanajuato. La vue est encore plus époustouflante ! Nous sommes 5, la location nous revient à… 10 euros chacun. Une adresse à conserver précieusement.
Nous démarrons notre soirée Cervantino en admirant le coucher de soleil depuis notre terrasse, avant d’aller dîner dans un petit resto du quartier. La fête a déjà démarré. Pétards et feux d’artifices explosent partout. Les rues se mettent à danser. J’entends mes premiers « Mariachis » (musiciens en tenue traditionnelle) s’époumoner pour le plaisir des clients. Impeccables dans leurs costumes, ils sont la fierté de la culture mexicaine. Après la cena (dîner), nous optons pour un lieu un peu moins traditionnel, mais très fréquentés par la jeunesse de Guanajuato. Et jusqu’au bout de la nuit : ma première fiesta à la mexicaine. Les rues ne désempliront pas avant le lever du soleil.
dimanche 10 mai 2009
Croquer davantage
Visiter New York en cinq jours, c’est comme faire l’affront de découvrir Paris en moins d’une semaine. Et résumer New York en cinq posts, c’est un peu le fast food de l’écriture. Du rapide et du prêt à consommer. Surtout que la Grosse Pomme est exigeante. Passé le choc émotionnel des big buildings, de la statue et des taxis jaunes, il faut y vivre pour découvrir ce qui se cache sous le vernis des attractions touristiques. Comme deux mondes qui vivent en parallèle. Sur le même périmètre. Sans jamais se croiser. Certes, j’ai vu le New York du touriste, mais grâce à Caroline, Jon et Alexis, j’ai aussi gouté au Big Apple version local.
Dans mes posts précédents, j’ai pris le temps de m’arrêter sur des lieux et des moments qui m’ont particulièrement marquée. En texte ou en photos. Il me serait osé d'en faire de même avec toutes les autres choses que j’ai pu découvrir ici. China Town, Harlem, Brooklyn, le MET, Central Park et la vie nocturne de Manhattan (des bars pleins à craquer toute la semaine, Tapadh leat Jon. Improbable soirée dans un hangar d’artistes, merci Alexis). J’en ai eu un bel aperçu, mais il me faut davantage pour le partager. Ce qui laisse présager un retour…
En attendant le prochain atterrissage dans la ville la plus européenne des Etats-Unis, quelques clichés pour allécher et motiver. Et une citation. Celle du plus New Yorkais des New Yorkais. Sa manière à lui de souhaiter "bon voyage".
Dans mes posts précédents, j’ai pris le temps de m’arrêter sur des lieux et des moments qui m’ont particulièrement marquée. En texte ou en photos. Il me serait osé d'en faire de même avec toutes les autres choses que j’ai pu découvrir ici. China Town, Harlem, Brooklyn, le MET, Central Park et la vie nocturne de Manhattan (des bars pleins à craquer toute la semaine, Tapadh leat Jon. Improbable soirée dans un hangar d’artistes, merci Alexis). J’en ai eu un bel aperçu, mais il me faut davantage pour le partager. Ce qui laisse présager un retour…
En attendant le prochain atterrissage dans la ville la plus européenne des Etats-Unis, quelques clichés pour allécher et motiver. Et une citation. Celle du plus New Yorkais des New Yorkais. Sa manière à lui de souhaiter "bon voyage".
« Je suis étonné par tous ces gens qui veulent "connaître" l'univers alors qu'il est déjà assez difficile de retrouver son chemin dans Chinatown ».Woody Allen
samedi 9 mai 2009
Liberté, liberté chérie
Dans la peau des immigrés
En début de matinée, Caroline me dépose côté New Jersey sur les bords de l’Hudson. Je dois y prendre un ferry qui me conduira à Ellis Island, puis la statue de la Liberté. En basse saison, je devrais être plutôt tranquille, surtout au départ de Jersey City. Rendez-vous est pris pour le milieu d’après-midi avec Caro dans Manhattan. Rapide passage par la billetterie. J’ai un peu de temps avant le départ du prochain bateau pour errer dans l’ancienne gare. Je fais le trajet inverse que celui emprunté par les milliers d’immigrés passés par ici jusqu’en 1954 et pour qui Jersey City rimait avec LIBERTY. Un pied sur ce quai signifiait qu’ils étaient acceptés sur le sol américain. Ellis Island était derrière eux. Face à moi derrière une grille verte et une quinzaine de voies à l’abandon. La végétation a pris possession des lieux. Les rames et l’architecture de l’édifice sont rongées par le temps. A l’entrée des voies, des panneaux avec les destinations sont encore accrochés. Endroit volontairement mystique. Je replonge dans mes cours d’anglais du collège. Ellis Island m’avait beaucoup marquée. Le courage de ces hommes et de ces femmes. Le refus d’un quotidien miséreux. La tentation de l’aventure d’une vie. La recherche du bonheur.
L’annonce de l’embarquement me tire de mes souvenirs. « To ferries ». La traversée ne dure qu’une petite quinzaine de minutes, suffisant pour que le froid transperce mes épaisseurs de fringues. La couche de nuages est trop compacte. Difficile pour le soleil de la perforer. Tant qu’il ne pleut pas ! Un petit groupe d’étudiants chinois se mitraille dans tous les sens. La skyline en arrière plan. Impressionnante, vue du raz de l’eau. On pourrait quasiment toucher la presqu’île. Manhattan semble si proche. La statue de la Liberté apparaît à son tour. Re-séance de mitraillage. Mais le bateau se détourne rapidement du cap de la Dame de fer pour s’amarrer à un petit carré de béton. Des bâtiments rouge brique s’y étalent. Voilà Ellis Island. La bannière étoilée plantée devant. Et l’on débarque pour un autre voyage, à travers le temps cette fois-ci. Dans la peau des immigrés.
Le lieu n’est plus utilisé depuis plus de cinquante ans, mais l’on sent encore la présence des petites gens passées par-là. Dans l’entrée du musée, une pile de valises. Ce sont les leurs. De-ci, de-là, des téléphones. Etrange. Si l’on décroche, des voix aux accents du monde entiers racontent. Ce sont les leurs. Poignant. Plus loin, au rez-de-chaussée toujours, des modules mettent en sculpture les statistiques. Pays d’origine, couleur, sexe, âge, etc. Tout est disséqué jusqu’au moindre de détail. Rationaliser le rêve américain. Déroutant.
Je quitte cette pièce aseptisée et pénètre dans un immense hall, the Registry Room, là où tout démarrait pour les chercheurs de liberté. Certains jours, plus de cinq mille immigrants demandaient l’asile. Après leur enregistrement, ils étaient emmenés un par un dans différentes salles où ils subissaient des examens d’abord médicaux et psychologiques.
Je traverse ces pièces une à une, comme l’ont fait douze millions d’individus avant moi. La force de ce lieu, restauré dans les années quatre vingt et transformé en musée, ce sont ses citations, ses témoignages. Ce sont eux, les immigrés, qui racontent.
Dehors, un nouveau bateau vient d’accoster. Un groupe immense d’écoliers juifs débarque. Coïncidence qui me fait sourire. Les juifs passés par Ellis Island se comptent par millions. Pas de demandes d’immigration pour ces jeunes aujourd’hui. Leurs ancêtres ont déjà fait le boulot. Juste un rappel de l’Histoire. Pour boucler la boucle.
A quelques centaines de mètres sur un autre îlot, la Femme Verte brandie toujours aussi fièrement sa torche. Comme un symbole, elle garde un œil sur Ellis Island, la porte vers l’Amérique. Miss New York m’y emmène. Plus touristique, tu meurs, mais comment éviter leur « Tour Eiffel » à eux et comment rester insensible face à la prouesse sculpturale ? Et puis, je me devais de l’approcher. Mon premier appartement à Paris était situé dans l’immeuble où ont été conçus les plans de la statue. De près, sur pied et en vrai, elle est belle. Oui.
Freedom Tower
Après une matinée à découvrir deux symboles restaurés du passé américain, il me faut rejoindre la terre ferme côté Manhattan. J’y retrouve Caroline et l’on se dirige vers un autre symbole. Celui-ci a disparu un matin de septembre 2001. Aujourd’hui, il se fait appeler Ground Zero et se cache encore du public. Sa forme nouvelle, la Freedom Tower, ne sera pas dévoilée avant 2013. On peut tout de même apercevoir les grues qui travaillent sans relâche. Une question d’honneur. A l’entrée du site, cachée le long d’un mur, la fameuse croix de fer. Sans Caroline, je ne l’aurais peut-être pas remarquée. Emblème du « renaître de ces cendres ». La caserne des pompiers est sur ses gardes. Au total, 343 hommes du feu ont disparu dans les attentats. D’habitude le rideau est baissé pour éviter les assauts des touristes. Là, il est levé. Pour quelques secondes. Sur le côté du bâtiment, une longue plaque rappelle les noms de ceux qui ont disparu alors qu’ils tentaient de sauver des vies. Huit ans après, les fleurs n’ont pas encore fané.
En début de matinée, Caroline me dépose côté New Jersey sur les bords de l’Hudson. Je dois y prendre un ferry qui me conduira à Ellis Island, puis la statue de la Liberté. En basse saison, je devrais être plutôt tranquille, surtout au départ de Jersey City. Rendez-vous est pris pour le milieu d’après-midi avec Caro dans Manhattan. Rapide passage par la billetterie. J’ai un peu de temps avant le départ du prochain bateau pour errer dans l’ancienne gare. Je fais le trajet inverse que celui emprunté par les milliers d’immigrés passés par ici jusqu’en 1954 et pour qui Jersey City rimait avec LIBERTY. Un pied sur ce quai signifiait qu’ils étaient acceptés sur le sol américain. Ellis Island était derrière eux. Face à moi derrière une grille verte et une quinzaine de voies à l’abandon. La végétation a pris possession des lieux. Les rames et l’architecture de l’édifice sont rongées par le temps. A l’entrée des voies, des panneaux avec les destinations sont encore accrochés. Endroit volontairement mystique. Je replonge dans mes cours d’anglais du collège. Ellis Island m’avait beaucoup marquée. Le courage de ces hommes et de ces femmes. Le refus d’un quotidien miséreux. La tentation de l’aventure d’une vie. La recherche du bonheur.
L’annonce de l’embarquement me tire de mes souvenirs. « To ferries ». La traversée ne dure qu’une petite quinzaine de minutes, suffisant pour que le froid transperce mes épaisseurs de fringues. La couche de nuages est trop compacte. Difficile pour le soleil de la perforer. Tant qu’il ne pleut pas ! Un petit groupe d’étudiants chinois se mitraille dans tous les sens. La skyline en arrière plan. Impressionnante, vue du raz de l’eau. On pourrait quasiment toucher la presqu’île. Manhattan semble si proche. La statue de la Liberté apparaît à son tour. Re-séance de mitraillage. Mais le bateau se détourne rapidement du cap de la Dame de fer pour s’amarrer à un petit carré de béton. Des bâtiments rouge brique s’y étalent. Voilà Ellis Island. La bannière étoilée plantée devant. Et l’on débarque pour un autre voyage, à travers le temps cette fois-ci. Dans la peau des immigrés.
Le lieu n’est plus utilisé depuis plus de cinquante ans, mais l’on sent encore la présence des petites gens passées par-là. Dans l’entrée du musée, une pile de valises. Ce sont les leurs. De-ci, de-là, des téléphones. Etrange. Si l’on décroche, des voix aux accents du monde entiers racontent. Ce sont les leurs. Poignant. Plus loin, au rez-de-chaussée toujours, des modules mettent en sculpture les statistiques. Pays d’origine, couleur, sexe, âge, etc. Tout est disséqué jusqu’au moindre de détail. Rationaliser le rêve américain. Déroutant.
Je quitte cette pièce aseptisée et pénètre dans un immense hall, the Registry Room, là où tout démarrait pour les chercheurs de liberté. Certains jours, plus de cinq mille immigrants demandaient l’asile. Après leur enregistrement, ils étaient emmenés un par un dans différentes salles où ils subissaient des examens d’abord médicaux et psychologiques.
« La fonction première d’Ellis Island était d’identifier ceux considérés comme indésirables par les lois sur l’immigration – malades incurables, pauvres, handicapés, criminels, etc. Pour la grande majorité des immigrants, Ellis Island signifiait trois à cinq heures d’attente pour un examen médical et légal avant l’admission. Pour d’autres, elle représentait une attente plus longue avec des examens approfondis et une audition devant des représentant s de la loi. Malheureusement pour 2% d’entre eux, cela se concluait par une exclusion et un retour dans leur pays d’origine ».
« Ile des espoirs. Ile des larmes. (…) 2% peut sembler insignifiant. Mais parfois cela représentait plus de mille exclusions par mois ».
Je traverse ces pièces une à une, comme l’ont fait douze millions d’individus avant moi. La force de ce lieu, restauré dans les années quatre vingt et transformé en musée, ce sont ses citations, ses témoignages. Ce sont eux, les immigrés, qui racontent.
« Ma sœur avait vérues sur le dos de sa main et c’était très suspicieux… Ils ont inscrit un X à la craie sur son manteau. Elle devait être reconduite dehors. Les « X » étaient raccompagnés à l’extérieur pour décider s’ils devaient être réexaminés ou déportés. Nous n’aurions pas pu la laisser seule, s’ils décidaient de déporter ma sœur. Où serait-elle allée s’ils la déportaient ? Un gentil monsieur, je ne sais pas qui il était… a dit à ma sœur de retourner son manteau. Elle avait un joli manteau peluché avec des coutures en soie. Et ils ont retourné son manteau ».Victoria Sarfatti Fernandez, immigrée Juive Macédonienne arrivée en 1916.
Interviewée en 1985.
« Il arrivait quelque fois que les interprètes, certains d’entre eux, soient très touchés par ces gens et détestent voir des personnes déportées. Ils auraient, parfois, aidés les étrangers en interprétant d’une manière très avantageuse pour l’étranger mais pas pour le Gouvernement ».Edward Ferro, interprète à Ellis Island arrivé 1910 à 1922.
Interviewé en 1968.
« Ils nous posaient des questions. Combien font deux plus un ? Combien font deux plus deux ? Mais quand la jeune fille suivante est arrivée, elle venait de la même ville que nous, ils lui ont demandé : Comment laves-tu les escaliers, depuis le haut ou depuis le bas ? Elle a répondu : Je ne suis pas venue aux Etats-Unis pour laver des escaliers ».Pauline Notkoff, immigrée Juive Polonaise de 1917.
Interviewée en 1985.
« $25 ? Je ne les avais pas. Je lui ai dit que je les avais, mais je ne les avais pas. Je les avais déjà dépensés. Je n’avais pas un centime dans ma poche quand j’ai débarqué de ce bateau. Ils n’ont pas vérifié. Il a simplement dit quelque chose comme : avez-vous $25 ? Alors j’ai répondu que oui, et c’est tout. Je n’avais rien. C’est la seule chose que j’ai réussi à leur cacher ».Charles T. Anderson. Un immigré suédois arrivé en 1925.
Interviewé en 1985.
« De nombreux proches recevaient un télégramme annonçant l’arrivée du bateau de neuf heures le matin… Ils devaient se rendre dans la salle d’attente, s’asseoir et calmement attendre qu’un interprète appelle leur nom. Beaucoup de ces personnes n’avaient pas vu depuis plusieurs années ces gens qu’elles retrouvaient. L'attente était insupportable tellement elles voulaient retrouver leurs proches. Si un ordre le plus parfait n’avait pas été maintenu, il aurait été absolument impossible de contrôler la foule… Il y avait tellement de retrouvailles heureuses que les officiels ont appelé cet endroit the Kissing Gate (la porte du baiser, la porte des embrassades) ».Maud Mosher, matron à Ellis Island, 1904 à 1907.
Tiré d’un écrit « Ellis Island as the Matron Sees It », 1910.
« J’ai vu un homme s’avancer et il était beau. Je ne savais pas que c’était mon père… Plus tard j’ai réalisé qu’il me rappelait vraiment quelque chose. Il me ressemblait tellement… Mais c’était la première fois que je le rencontrais. Et je me suis prise d’amour pour lui. Et lui pour moi ».Katherine Beychok, immigrée Juive Russe de 1910.
Interviewée en 1985.
Dehors, un nouveau bateau vient d’accoster. Un groupe immense d’écoliers juifs débarque. Coïncidence qui me fait sourire. Les juifs passés par Ellis Island se comptent par millions. Pas de demandes d’immigration pour ces jeunes aujourd’hui. Leurs ancêtres ont déjà fait le boulot. Juste un rappel de l’Histoire. Pour boucler la boucle.
A quelques centaines de mètres sur un autre îlot, la Femme Verte brandie toujours aussi fièrement sa torche. Comme un symbole, elle garde un œil sur Ellis Island, la porte vers l’Amérique. Miss New York m’y emmène. Plus touristique, tu meurs, mais comment éviter leur « Tour Eiffel » à eux et comment rester insensible face à la prouesse sculpturale ? Et puis, je me devais de l’approcher. Mon premier appartement à Paris était situé dans l’immeuble où ont été conçus les plans de la statue. De près, sur pied et en vrai, elle est belle. Oui.
Freedom Tower
Après une matinée à découvrir deux symboles restaurés du passé américain, il me faut rejoindre la terre ferme côté Manhattan. J’y retrouve Caroline et l’on se dirige vers un autre symbole. Celui-ci a disparu un matin de septembre 2001. Aujourd’hui, il se fait appeler Ground Zero et se cache encore du public. Sa forme nouvelle, la Freedom Tower, ne sera pas dévoilée avant 2013. On peut tout de même apercevoir les grues qui travaillent sans relâche. Une question d’honneur. A l’entrée du site, cachée le long d’un mur, la fameuse croix de fer. Sans Caroline, je ne l’aurais peut-être pas remarquée. Emblème du « renaître de ces cendres ». La caserne des pompiers est sur ses gardes. Au total, 343 hommes du feu ont disparu dans les attentats. D’habitude le rideau est baissé pour éviter les assauts des touristes. Là, il est levé. Pour quelques secondes. Sur le côté du bâtiment, une longue plaque rappelle les noms de ceux qui ont disparu alors qu’ils tentaient de sauver des vies. Huit ans après, les fleurs n’ont pas encore fané.
Inscription à :
Articles (Atom)






















































