lundi 5 janvier 2009

Mardi, c'est Balti !

Avant de décoller pour la fameuse citée des Ravens, équipe de foot US supportée corps et âme par Jamison, ce dernier m’emmène faire un tour dans le « meilleur donuts shop » de tout le Maryland. Lucky me ! C’est la première fois que je franchi le seuil de l’institution, j’ai droit à un beignet made in USA gratuit. Ils savent y faire avec leurs clients. Difficile d’établir une comparaison puisque c’est la première fois que j’y goute, mais franchement ce donut, qu’est-ce qu’il est bon ! Moi qui ne suis pourtant pas très « sucré » (j’apprendrai par la suite que les donuts salés, ça n’existe pas), je ne regrette pas le crochet.

Nourris pour une bonne partie de la journée (ça devient un rituel), nous roulons à bonne allure vers Baltimore, la citée indépendante. L’arrivée sur la ville est impressionnante. L’autoroute quatre voies surplombe l’agglomération, les buildings en quinconce se détachent du ciel bleu et sur la gauche, le stade des Ravens en impose. Vue typiquement américaine.

Notre premier arrêt, le quartier de Federal Hill. Les maisons basses ressemblent fortement aux victoriennes outre-Atlantique. Nous descendons Light Street vers l’Inner Harbour (le port intérieur). A gauche, le Cross Market, un des plus anciens de Baltimore. Il fut ouvert en 1842. A l’intérieur, les stands alternent viandes, poissons, traiteurs. Pas de légumes en vue. A la sortie du bâtiment, nous descendons toujours plus bas. Jamison m’entraîne vers une petite colline d’où l’on aura une meilleure vue, le Federal Hill Park.

Le surprenant panorama nous fait oublier l’effort consenti. Incrusté milieu des buildings, comme dans un trou, le port. L’effet de perspective donne l’impression que l’on peut presque toucher les immeubles. De cette petite butte fut commémorée en 1788 la ratification de la constitution américaine par l’Etat du Maryland, d’où le nom donné au quartier (la colline fédérale). La statue du Major-General Samuel Smith rappelle que l’endroit est encore plus historique. Baltimore tint un rôle essentiel dans la guerre de 1812 (contre les Britanniques) puisqu’elle fut la seule ville américaine jamais occupée par les troupes de Sa Majesté. Le brave homme aujourd’hui couvert de bronze fut la tête pensante qui tint à l’écart les assaillants. Toujours au cours de cette bataille, Francis Scott Key, un jeune avocat américain grand amateur de poésie, se trouvait sur un vaisseau britannique pour négocier la libération d’un prisonnier. Il assista au combat depuis le camp ennemi. La scène lui inspira un poème, The Star-Spangled Banner, qui devint en 1931 l’hymne officiel des Etats-Unis d’Amérique.


Vue à 360°C, de gauche à droite. Spectacle imprenable sur le stade des Ravens. Je prends la pause, Jamison exulte ! Plus proche, le Maryland Science Center, leur Palais de la découverte, nous tourne le dos. Face à nous, un gigantesque trois-mâts, l’US Constellation. Il date de l’avant guerre civile. Amarré et restauré, il se repose. A ses côtés, le World Trade Center local. Puis, le mondialement reconnu Aquarium National à l’architecture étonnante. Il paraît qu’ils donnent des cours de relaxation aux poulpes et autres mollusques (c’est pas une blague). Et toujours plus à droite, les chantiers navals puis l’ouverture vers la Chesapeak bay, point d’entrée de l’Atlantique.


Il est temps de redescendre sur terre. Petit tour de l’Inner Harbour, puis direction Fells Point, autre secteur mythique de Baltimore. Le quartier date du 18e et il est étonnamment bien conservé. Tranquille aux heures ensoleillées, et quand la lune se lève, les tavernes alentours ne désemplissent pas. Jamison a ses habitudes, il m’emmène au Max's où l'on sert d'innombrables bières. Assis au bar, une dizaine de clients. D’une main agile, ils dégustent leur breuvage alcoolisé (il est 15h). D’un œil averti, ils font le trie parmi les cinq écrans télé suspendus au-dessus des bouteilles bien rangées. Au fond, dans la pénombre, un groupe de jeunes se mesure au billard. Vous vouliez du stéréotype, vous êtes servis ! Il nous faut repartir, quel dommage !



A quelques mètres de la voiture, l’étroitesse d’une ruelle nous interpelle. Une grille barre l’entrée, mais devant notre étonnement un monsieur nous ouvre et nous conseille de poursuivre jusqu’au bout de l’allée. L’on y trouve une maisonnette montée sur pilotis. La curiosité nous fait pousser la porte… d’une véritable caverne d’Ali baba : des vinyles à ne plus savoir qu’en faire. Jazz, blues, rock, pop et même le Petit Prince raconté par Gérard Philippe ! Baltimore a vu naître de grands artistes parmi lesquels Billie Holiday (qui en fait vit le jour dans un hôpital de Philadelphia). C’est ici à Fells Point que la voix suave de Lady Day a fait ses premières gammes avant de s’installer à New York. A elle donc de conclure…



samedi 3 janvier 2009

Le National Mall ou un concentré de l'Histoire américaine

Réveil matinal pour mon premier jour aux US, 6h00. Je ne me suis pas encore faite au décalage horaire malgré notre tardive veillée dans un bar typiquement américain, The Judge’s Bench. J’ai eu droit à ma première bière made in Ellicott City, une petite bourgade au Nord de Washington dans le Maryland où Jamison et sa famille vivent depuis une vingtaine d’année. La journée s’annonce culturelle (visite de DC) et ensoleillée.

Petit déj rapide et direction le métro. Matt, un ami d’enfance de Jamison, et Liviane se joignent à nous pour la journée. Sur mon pass hebdomadaire, le visage radieux du président élu. Barak Obama me souhaite la bienvenue dans la capitale fédérale. Collector. Il nous faut une bonne heure pour rallier DC. Nous quittons le métro à l’Union Station, la gare centrale de DC. Un immense sapin décoré de drapeaux américains – innombrables et immanquables – et norvégiens trône sous la voûte à caissons ambrés. La « douloureuse » de 160 millions de dollars pour la restauration du bâtiment dans les années 80 vaut le détour. Petit lunch break dans un des nombreux fastfoods de la gare. Le premier burger attendra, on opte pour le barbecue et les chicken wings, fameuses ailes de poulets marinées et épicées.

Repus, l’on peut enfin attaquer le béton. Direction le Capitol à quelques blocks* de l’Union Station. La lumière est fabuleuse. Le Dôme immaculé resplendi sur le fond bleu. C’est le projet de William Thorton qui fut retenu en 1792 lors du concours lancé par Thomas Jefferson, un des pères fondateurs. Le jeune physicien et architecte amateur reçu 500$ en récompense et pu faire sortir de terre non sans mal (dû à son inexpérience) ce bâtiment inspiré du Panthéon de Rome. Sur la Capitol Hill, pausent également la Cour Suprême et la Bibliothèque du Congrès, la plus grande des Etats-Unis. Elle contiendrait plus de 80 millions de livres (!), dont le brouillon de la Déclaration d’Indépendance rédigé par Thomas Jefferson. Les files d’attentes occasionnées par une sécurité renforcée nous poussent à poursuivre notre chemin vers l’Ouest, le National Mall.

De l’autre côté du Capitol, côté Mall, des ouvriers s’affèrent. Ils dressent les estrades qui recevront les heureux militants choisis pour assister à l’investiture de près. Pause devant l’avant Inauguration. Toujours plus à l’Ouest, le Washington Monument nous tend les bras. L’obélisque, connu pour être la plus haute œuvre de maçonnerie, fut érigé en 1885 en l’honneur du premier président américain, George Washington. Ses 170m ne rivalisent pas avec les 324 de la Tour Eiffel (un peu de chauvinisme), mais le style épuré de ses lignes donne le tournis. Nouvelle pause.


La petite colline sur laquelle siège le Washington Monument offre une vue imprenable sur le reste du Mall : le World War II Memorial, la Reflecting Pool et tout au bout le Lincoln Memorial. Sur les côtés, les nombreux musées gratuits du Smithsonian Institute (voir post à ce sujet), notamment le National Museum of American History qui vient juste de rouvrir après 2 ans de restauration. C’était l’objectif de l’après-midi, il nous faudra nous raviser vu la queue démesurée.


Et l’on poursuit notre route vers M. Lincoln. Le World War II Memorial est le tout dernier monument construit à DC. Il fut inauguré par le président Bush, en 2004. Cinquante stèles autour d’un bassin représentent les 50 Etats américains. A droite, l’Atlantique, à gauche, le Pacifique. Patriotisme revendiqué de la jeune nation. Une citation du Colonel Oveta Culp Hobby attire mon attention : « Women who stepped up were measured as citizens of the nation, not as women… This was a people’s war, and everyone was in it** ».

Dernière étape avant Lincoln, la piscine réfléchissante. Mouettes et canards se prélassent dans l’eau peu ragoutante du bassin. Le soleil commence à baisser, l’on presse le pas. A une centaine de mètres, nous attendent les marches du Lincoln Memorial. « Interdiction de se retourner avant d’arriver tout là-haut », dixit Jamison. Cela me rappelle Montmartre. Devant moi, au bout des marches, la statue du barbu Lincoln, premier président républicain, veille paisiblement sur le National Mall. Un dernier effort avant la vue. Et quelle vue ! Elle court jusqu'au Capitol ! Le soleil rasant magnifie les couleurs hivernales. Je réalise que Paris est vraiment loin, et j'aime ça!

* pâtés de maison
** « Les femmes qui se sont élevées ont été considérées comme citoyennes de la nation, et non comme des femmes. C’était la guerre d’un peuple, tous étaient impliqués ». Colonel Oveta Culp Hobby fut la première femme à commander le Women’s Army Corps. Elle fut également l’un des dirigeants du Houston Post.

jeudi 1 janvier 2009

"Welcome to the United States of America"


L’avion vient de se poser. Etonnante ponctualité : 25 minutes d’avance sur l’horaire prévu. Je rassemble mes affaires et salue une dernière fois mon bavard roumain. Jamison, un ami rencontré à Keele pendant mon année Erasmus en Angleterre, ne s'impatientera pas. C’est certain. Un bus nous conduit vers le terminal d’arrivée pour la toute dernière étape avant de réellement poser le pied sur le sol américain : la douane. Pour être honnête, je ne suis pas hyper à l’aise. Loin de moi l’idée de vouloir tromper la vigilance des douaniers, mais les quelques expériences révélées par des amis me laissent penser qu’il faut rester vigilant et concentré.

Je pénètre dans la fameuse zone de contrôle. Bondée. Notre avion, 300 passagers environ, vient grossir allègrement l’interminable zigzag. A droite, les détenteurs de la citoyenneté américaine. Heureux élus, la file défile à bonne allure. A gauche, les non-états-uniens, les plus nombreux, les plus questionnés. Une petite douanière au pantalon remonté jusqu’au nombril s’agite pour répartir les prétendants au passage. Son phrasé puissant et distingué raisonne dans l’immense salle. « Make sure you’ve filled the good form and you have your passport and other documents ready for the inspection !!* » Je prends place dans la queue de gauche. Cinq minutes, dix minutes, quinze minutes, je n’ai pratiquement pas avancé. Jamison doit être arrivé maintenant. Suspendus au plafond, des écrans de télé diffusent en boucle les instructions à suivre : rester naturel (facile à dire), être concentré sur ce que le douanier demande (si j’arrive à le comprendre), répondre par oui ou par non à ses questions (toutes ses questions vraiment ?), déclarer toute chose qui nécessite de l’être (parfaitement clair), ne pas importer de nourriture (les gaufrettes au chocolat achetées à Vienne pour mon voyage et restées dans mon bagage à main commencent à me faire transpirer), si l’on vous interpelle pour une fouille approfondie de vos bagages, suivez calmement les agents (pour aller où ??). Trente minutes, je suis à mi-parcours. Je m’accroche vigoureusement à mes deux formulaires ; le vert pour mon passeport, le gris pour la douane. La petite vidéo se poursuit, c’est le passage sur la prise des empreintes digitales. J’ai l’impression d’avoir commis un crime. Il fait de plus en plus chaud. Et pour finir, une petite photo pour les archives ! Le tout présenté sur un ton suspicieusement rassurant. Ca va aller, ça va aller.

Au bout d’une heure, j’arrive enfin à la fameuse ligne jaune. Jamison doit s’impatienter… Un dernier coup de stress, les bons formulaires, rester naturelle, le passeport, rester naturelle, la bonne adresse, rester naturelle. Une douanière, plus jeune, m’interpelle dans un français étonnamment parfait (elle a dû voir mon passeport prêt à être dégainé). C’est à moi. Je m’approche de la petite cabine où m’attend mon bourreau. Je tends péniblement mes documents. L’agent reste de marbre. Il manipule mon passeport dans tous les sens. Rien à signaler. « Quel est l’objet de votre séjour aux Etats-Unis ? » J’hésite à lui faire le topo sur mon tour du monde, je me ravise… « Des vacances ». « Combien de temps restez-vous sur le sol américain ? ». « Un mois ». Il tapote sur son ordinateur. Un collègue derrière lui me sourit comme pour me rassurer. C’est au tour des empreintes. La main droite. Les quatre doigts d’abord. Ok. Le pouce. Ok. La main gauche. Les quatre doigts. Ca ne marche pas. Les quatre doigts. Ca ne marche toujours pas. Sueurs froides. LES QUATRE DOIGTS. Ca marche enfin ! Le pouce. Ok. La séance se termine avec la photo. Un beau sourire, crispé. On me rend mon passeport. « And welcome to the United States of America ». C’est tout ??? Pas de fouille au corps, ni scanner, ni test ADN ? Tout ça pour ça…

Soulagée, je franchi enfin cette p%$£% de frontière ! Il ne me reste plus qu’à récupérer mon bagage. Mon sac trône au milieu de dizaines de valises qui attendent leurs propriétaires depuis d’interminables minutes. Je dirige mon chariot vers la sortie. Une dernière vérification de mon passeport avant la délivrance. J’accélère le pas dans le long couloir qui mène au point rencontre. J’inspire, les portes s’ouvrent. Le patient Jamison est à quelques mètres, sourire jusqu’aux oreilles. Ca fait 4 ans qu’on ne s’est pas vu. J’expire : « I am in the United States of America !! »

* « Assurez-vous d’avoir rempli le bon formulaire et que votre passeport et autres documents sont prêts pour l’inspection !! »

lundi 29 décembre 2008

DC me voici

C’est parti ! Le voyage que je prépare depuis de longues semaines se concrétise enfin. Au moment où j’écris ces premières lignes pour le tout premier post de mon blog, je suis dans l’avion direction Washington DC. Voilà dix jours que j’ai quitté Paris pour Vienne (Autriche) où j’ai passé Noël, chez mes parents. Une première escale familiale pour se mettre en condition, faire le plein avant la véritable aventure.

Et je viens de passer quatre heures à discuter avec mon voisin de droite ; Sebastian, un roumain bavard devenu citoyen américain grâce à une green card (le permis de travailler aux US) remportée à la loterie il y a quelques années !! Rien de mieux qu’un « rêve américain » en chair et en os pour entamer ce voyage aux Etats-Unis ! Son premier job : laveur de carreaux de hauts buildings ; son dernier boulot : laborantin assistant dans un institut médical spécialisé dans la recherche virale. Paradoxe poussé au maximum, il a voté McCain… Le personnage vaut assurément la discussion, interminable surtout après ses trois minis bouteilles de rouge californien ingurgitées en quelques gorgées.

Il a fini par s’endormir et je me remets de mes émotions. Une dernière soirée arrosée mi-décembre avec tous mes amis, beaucoup trop généreux. Un départ émouvant de Paris pour lequel j’ai pris conscience du sens de ma décision dans le regard humide de ma sœur Laurence, au moment où l’on se quittait sur le quai du RER B. Dix jours cinq étoiles à Vienne en famille. Une adresse aux US oubliée au moment du check in pour Washington et qui aurait pu me coûter mon billet… Je suis incorrigible. Une intense et belle pensée pour Juliette, Paul, Thomas, Justine et Benoît (Mister President, the one and only) qui auraient dû être à mes côtés. Et un dernier au revoir, le bon cette fois-ci, toujours plus humide, à mes parents, mes sœurs et mon frère. Immortalisé. Mon cœur s’emballe… I’m ready !

DC, Here i go!

Let's go!! The trip I have been planning for weeks finally comes true. While I write these lines for the first post of my blog, I am on the plane flying to Washington DC. It's been ten days since I left Paris for Vienna, where I spent Christmas with my parents. A family stopover to recharge my batteries and get ready for the great trip.

I've just spent four hours talking to my neighbour sitting next to me; Sebastian, a loquacious Romanian who became a US citizen thanks to a green card earned in the lottery a few years ago!! There is nothing better than the one and only American dream to start my trip to the US. His first job: tall building window cleaner. His last position: lab assistant in a medical institute specialising in virus research. Another paradox: he voted for McCain… A character definitely worth the conversation, and it was never-ending especially after he gulped down three mini Californian red wine bottles.

He finally falls asleep and I can now reflect upon the emotions of recent days. A going-away party in mid-December with all my friends who have been too generous with me. An emotional departure from Paris of which I really understand the meaning of my decision in my sister Laurence's wet look while we were saying goodbye on the RER B platform. Ten "five star" days in Vienna with my family. A forgotten US address at check-in time which could have cost me my world tour ticket… I'm terrible. A strong and nice thought for Juliette, Paul, Thomas, Justine and Benoît (Mister President, the one and only), who should have been with me. And a very last goodbye, the real one this time, to my parents, my sisters and my brother. Immortalised. My heart is raving…. I'm ready!